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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 16:47

 

Congo-Zaïre : l’empire du crime permanent : New-York, «l’arrêt de mort» de Patrice-Emery Lumumba

 

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Après avoir momentanément marqué une parenthèse dans l’affaire de l’assassinat de Lumumba, en ouvrant ses colonnes à d’autres dossiers ficelés il y a plus de 20 ans par la «Commission des crimes et assassinats» de la CNS (Conférence Nationale Souveraine), Le Phare revient à la charge. Fidèle à sa ligne de conduite fondée sur la lecture  correcte et sans complaisance de l’histoire nationale, le quotidien de l’avenue Lukusa laisse parler les documents. Dans le témoignage sous examen émanant du chef d’Antenne de la CIA en 1960 à Léopoldville (Kinshasa), la thèse du complot international ourdi contre Patrice Emery Lumumba est évidente.

 

La volonté de grandes puissances d’empêcher le jeune Etat congolais de se contruire en vue de faire le bonheur de ses filles et fils ne fait l’ombre d’aucun doute. Le décor de 1960, avec des Congolais incapables de gérer leurs ambitions politiques et agissant sous la dictée de leurs parrains des blocs Ouest et Est, fait penser à celui du Congo du 3ème millénaire, prisonnier des mêmes maîtres.

 

L’histoire semble se répéter 50 ans après, avec des troupes onusiennes qui dépassent la barre de 20.000 hommes mais qui peinent à protéger les civils et à rétablir une paix durable dans les zones troublées de l’Est. Pendant que les malentendus se multiplient entre Congolais quant à la vision de l’avenir du pays, les mouvements rebelles et groupes armés soutenus par des pays voisins créent et recréent des «Républiquettes» qui plantent le décor de la balkanisation.

 

Le passé ne semble pas instruire les Congolais, visiblement décidés à ne pas baliser la voie de la réconciliation nationale. Comment réaliser la «cohésion nationale» dans un contexte où les uns revendiquent la direction unilatérale des affaires publiques au nom de leur triomphe électoral et les autres continuent à leur contester la légitimité institutionnelle ? Est-il possible de s’entendre quand certains autres, fatigués de ne pas être écoutés, ont choisi le langage des armes ? Comme en 1960, le démon de la division a repris son travail de sape au sein de la maison «Congo», pour un nouveau feuilleton de marche à reculons sur tous les plans.

 

Immédiatement les partisans de Patrice Lumumba s’élevèrent contre cette assertion : les représentants de la Guinée, de l’URSS et de la Pologne signifièrent, tout en rendant hommage au rapport Dayal (lequel était «  objectif et honnête » selon les propres termes de M. Zorine), que le gouvernement de M. Lumumba représentait à lui seul la légitimité et qu’à ce titre ses représentants ne pouvaient qu’être habilités à occuper leur siège à I’ONU. Les arguments présentés par M. Ismaël Touré, représentant de la Guinée, ne manquaient pas de force : percevant qu’il était délicat de faire valoir la représentation à I’ONU d’un gouvernement révoqué (même si cette révocation était illégale au sens du droit constitutionnel congolais) il se plaça sur le propre terrain de Joseph Kasavubu : selon lui, en effet, si I’article 22 de la loi fondamentale congolaise donnait bien à M. Kasavubu le droit de révoquer le premier ministre, ainsi qu’il I’avait fait le 5 septembre, I’article 44 de la même loi stipule qu’un gouvernement démissionnaire ou congédié doit expédier- les affaires courantes aussi longtemps que le Parlement convoqué à cet effet n’aura pas investi un nouveau chef de gouvernement.

 

Or précisément le Parlement n’a pu se réunir, à la suite des initiatives du colonel Mobutu et de ses Commissaires généraux, ni à plus forte raison investir M. Iléo, nommé par M. Kasavubu, encore moins M. Mobutu, qui s’était imposé par la force. Dans ces conditions, M. Lumumba, qui avait été investi par le Parlement, était le seul qualifié à représenter le Congo.

 

Ces arguments produisirent une certaine impression et le représentant du Ghana, pour tirer parti de l’avantage acquis, proposa de suspendre le débat sur la question congolaise jusqu’à ce que la Commission de conciliation, émanation du Comité consultatif pour le Congo, dont I’Assemblée avait décidé la création par sa résolution du 20 septembre «  soit allée au Congo, ait accompli sa tâche et soit revenue nous faire un rapport ».

 

Mise aux voix, cette proposition était acceptée par 48 voix contre 30, avec 18 abstentions. Patrice Lumumba venait de marquer un point. Il entreprit de consolider sa position par deux mesures simultanées : alors que le colonel Mobutu faisait arrêter M. Kamitatu, président du gouvernement provincial de Léopoldville et le relâchait au bout de trois jours sur la promesse que ce dernier ne (collaborerait) plus avec M. Lumumba, M. Antoine Gizenga, vice-président du conseil de I’ancien gouvernement de M. Lumumba, prenait le contrôle du gouvernement de la province Orientale à Stanleyville le 13 novembre 1960. Désormais, et ce à partir de I’emprisonnement et de la mort de M. Lumumba, M. Gizenga allait s’ériger en détenteur de la légalité et de la légitimité au Congo. Un nouveau pouvoir s’installait sur l’immense territoire morcelé. Plus précisément, ce nouveau pouvoir concrétisait la rupture de fait intervenue un mois plus tôt entre le Chef de I’Etat et son premier ministre.

 

Le 12 décembre 1960, Antoine Gizenga publiera une déclaration selon laquelle Stanleyville devient le siège du « gouvernement central » et la capitale provisoire de la République libre du Congo. Le nouveau pouvoir communique avec I’extérieur par l’intermédiaire du Caire : un groupe se formera bientôt autour de I’Egypte, du Maroc, de la Guinée et du Ghana, avec la sympathie des Etats communistes, pour le soutien du nouveau gouvernement. Sur cette- base se regroupera en janvier 1961 la Conférence des Chefs d’Etats africains du groupe dit de Casablanca. Le groupe réformiste de Monrovia, réuni en mai 1961, s’érigera au contraire en partisan actif du régime du président

Kasavubu.

 

Ainsi donc Antoine Gizenga et Joseph Kasavubu seront chacun soutenus et encouragés par une portion de I’Afrique. Le 25 décembre 1960 verra le passage de la province du Kivu dans I’orbite de Stanleyville. Le Kivu, I’un des greniers du Congo, permit de résoudre le problème du ravitaillement dans la province Orientale. Ce n’est pas tout : le secrétariat général des Nations Unies publiait le 14 novembre une lettre adressée par Lumumba à M. Frederick Boland, président de l’Assemblée générale de I’ONU : il y préconisait l’organisation immédiate d’un référendum populaire au Congo, sous le contrôle des Nations Unies, par lequel la population se prononcerait sur I’adoption d’un régime présidentiel (n). Ce référendum devait être suivi de l’élection du Président de la République au suffrage direct.

 

 Pour empêcher Lumumba de consolider ses positions, le représentant des États-Unis à I’ONU décida de brusquer les événements : il déposa le projet de recommandation suivant : « La Commission de vérification des pouvoirs recommande à I’Assemblée générale d’accepter les pouvoirs des représentants de la République du Congo (Léopoldville) délivrés par le Chef de l’État et communiqués par lui au Président de I’Assemblée générale dans une lettre en date du 8 novembre 1960. I La fraction « révolutionnaire » du groupe afro-asiatique, entre autres les représentants d’u Maroc et de la République Arabe Unie, firent valoir, qu’à leur avis, la recommandation proposée par les États-Unis constituait une immixtion dans les affaires intérieures du Congo ; en même temps, le représentant du Maroc fit remarquer que, I’Assemblée ayant décidé la veille d’ajourner toute discussion sur le Congo jusqu’au retour de la Commission de conciliation, il ne convenait pas de soulever dès lors la question de l’accréditation. Le 10 novembre, la Commission recommanda I’admission de la délégation de Kasavubu. Le 22 novembre, âpres débats entre partisans et adversaires de Kasavubu, la recommandation de la Commission de vérification des pouvoirs était adoptée par 53 voix contre 24 et 19 abstentions, après que diverses tentatives visant soit à ajourner le débat, soit à surseoir à l’approbation de la recommandation de la Commission, eurent été faites, spécialement de la part du Ghana, de la Guinée, du Mali.

 

 La veille, de dramatiques incidents étaient survenus à Léopoldville : le colonel Mobutu, pour brusquer les débats de l’ONU, fait tirer sur les « casques bleus », tunisiens en l’occurrence, qui gardaient l’ambassadeur du Ghana. Les soldats tunisiens, placés en état de légitime défense, ripostent. Dans son rapport, le général Rickhye, représentant spécial par intérim du secrétaire général au Congo notera « Au total les pertes de l’ONUC ont été les suivantes : un soldat tué et un officier, deux sous-officiers et six soldats blessés. En dehors de l’officier congolais tué et du soldat congolais blessé – tous deux évacués par l’ONUC – il n’a pas encore été possible de déterminer exactement les pertes congolaises. » Un cessez-le-feu fut finalement établi à partir de 7 heures du matin, le 22 novembre. L’ambassadeur du Ghana quitta Léopoldville.

 

Ainsi donc l’Assemblée générale décidait d’accepter les lettres de créance présentées par la délégation congolaise dirigée par le Président du Congo, M. Joseph Kasavubu. A la suite du scrutin, les représentants de la Guinée et du Mali déclaraient se retirer de la Commission de conciliation, laquelle ne devait d’ailleurs pas se rendre au Congo avant 1961 : ainsi donc l’éclatement du bloc afro-asiatique était accompli. L’unanimité qui avait permis le « démarrage » de l’opération onusienne n’était plus qu’un souvenir. Le représentant de l’Inde avait exprimé l’avis que la question de « la situation au Congo », laquelle, comme toute question de fond, requérait la majorité des deux tiers. Le président de l’Assemblée avait au contraire argué que la question de l’accréditation était parfaitement distincte de la question de « la situation au Congo », et qu’à ce titre elle ne requérait que la majorité simple, comme toute question de procédure. En tout cas, lors du vote relatif à l’accréditation, la majorité des deux tiers, qu’elle fût de fait ou de droit, était atteinte.

Les 53 pays ayant voté pour l’accréditation de la délégation Kasavubu comprenaient : 18 pays latino-américains, 13 de I’OTAN, 8 pays de la Communauté, 8 afro-asiatiques (Cameroun, Chine, Japon, Jordanie, Laos, Népal, Philippines, Thaïlande) et I’Autriche, I’Australie, Chypre, I’Espagne, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud.

 

 Les 24 pays ayant voté contre incluaient 9 membres du Bloc soviétique, 13 afro-asiatiques (Afghanistan, Ghana, Guinée, Inde, Ceylan, Indonésie, Ir4k, Mali, Maroc, Arabie Saoudite, Togo, République Arabe Unie, Yémen), Cuba et la Yougoslavie.

            Les 19 abstentions concernaient notamment: le Venezuela, un membre de I’OTAN (le Canada), un membre de la Communauté (la République Centrafricaine) et 12 pays afro-asiatiques (Birmanie, Cambodge, Ethiopie, Malaisie, Iran, Liban, Libéria, Lybie, Pakistan, Somalie, Soudan et Tunisie).

 

B) La Politique et le Droit.

 

II serait vain d’affirmer que les Nations Unies, en accréditant la délégation Kasavubu, s’étaient départi du principe de non-intervention à l’égard des affaires intérieures d’un Etat, en faisant admettre Kasavubu plutôt que Lumumba : les règles de fonctionnement de I’ONU, comme de toute autre organisation internationale, interdisent de le penser.

            L’accréditation de la délégation Kasavubu était en fait une question beaucoup plus politique que juridique. Le Congo ex-belge, au mois de novembre 196O avait sombré dans le chaos. Dans des circonstances normales, une telle question aurait trouvé sa solution selon des prémisses et une conceptualisation classiques, qui auraient consisté à admettre, selon les formes établies, une délégation se prévalant de I’exercice d’un Pouvoir normal. Mais c’était loin d’être le cas. L’article 27 du Règlement intérieur de I’Assemblée générale énonce que « les lettres de créance des représentants… doivent émaner, soit du chef d’État ou de gouvernement, soit du ministre des Affaires étrangères ». Mais que décider quand de telles lettres émanent à la fois et respectivement du chef de l’Etat et du chef de gouvernement et que ceux-ci prétendent représenter chacun la légalité et la légitimité ? Que décider au surplus quand I’un et I’autre n’exercent même plus en fait leur autorité sur le territoire ?

            En fait, en ce qui concerne la vérification des pouvoirs, les Organisations disposent d’une grande liberté, à partir du caractère autoritaire de leur règlement intérieur : il n’est que de se référer aux controverses élevées aux Nations Unies depuis 1950 à propos de la représentation de la Chine. Là, comme c’était le cas pour le Congo en cette fin de I’année 1960, en I’absence de règle juridique plus précise, c’est le point de vue de la majorité qui l’a emporté pour le maintien de la représentation du gouvernement de la Chine nationaliste réfugié à Formose. Les circonstances politiques dominent seules le règlement d’une telle situation.

            Ainsi venait-il d’en être en ce qui concernait le Congo. L’URSS avait subi un lourd échec en ce sens qu’elle n’avait pas réussi à entraîner suffisamment de voix dans son sillage par suite du manque d’unanimité des pays du tiers Monde. Discuter sur le point de savoir, comme l’avaient fait le délégué de I’Inde et le président de I’Assemblée, si la question de I’accréditation de la délégation Kasavubu était une question de procédure requérant la majorité simple ou une question de fond exigeant la majorité des deux tiers, n’était pas d’une grande importance, rétrospectivement du moins, puisque finalement la majorité des deux tiers fut atteinte. Ce qui est vrai, c’est que la délégation du Ghana ayant réussi à obtenir un vote qui aboutissait à surseoir à I’examen de la question congolaise, on peut se demander si le vote du 22 novembre n’a pas été acquis à l’encontre du premier vote, dans la mesure où la question de l’accréditation se rattachait intimement et politiquement à I’examen de la situation d’ensemble au Conso. Mais là encore les considérations politiques ne pouvaient que primer les arguties juridiques, même si à ce dernier titre on admet que I’une des questions ne pouvait se détacher de I’autre.

Finalement, de façon implicite l’Assemblée a accrédité la délégation Kasavubu, par-delà les pressions américaines, parce qu’elle estimait que le chef de l’Etat exerçait un pouvoir plus effectif au Congo que M. Lumumba. Sans aller même jusqu’à dire, comme l’avait fait le représentant de l’Argentine, M. Mario Amadeo, qu’il était « bien évident que M. Lumumba… a cessé d’exercer un pouvoir effectif », il est loisible d’induire du vote de l’Assemblée en faveur de M. Kasavubu que, malgré la « révocation » de ce dernier par son adversaire et la « neutralisation » des deux frères ennemis par le colonel Mobutu, le premier représentait cependant encore une des parcelles de la légitimité au Congo. Le rapport Dayal du 2 novembre n’avait-il d’ailleurs pas déclaré expressément qu’il considérait la Présidence de la République, avec le Parlement de Léopoldville, comme l’une des deux « institutions, dont les fondements demeurent », déniant par là même tout caractère de représentativité à Patrice Lumumba et aux Commissaires généraux du colonel Mobutu ?  Ainsi donc, finalement, le vote obtenu en faveur de M. Kasavubu était dans la logique de la position onusienne et de celle du secrétaire général. Sur un plan conceptuel, il faut dire avec M. Jean Charpentier que l’Organisation internationale à vocation universelle est impuissante à contrôler objectivement la validité des modifications de compétences internationales. En raison de son défaut d’intégration, « elle ne peut faire table rase des attitudes individuelles des Etats-membres », divergentes et discrétionnaires ; de par sa structure, elle ne peut pas ne pas construire sa décision en fonction de celles de ses membres ; de sorte qu’au lieu de substituer une décision unique de juridiction objective à une pluralité d’engagements discrétionnaires elle superpose à ces décisions individuelles une décision collective de même nature ».

            En apparence, jamais l’action de l’ONU n’avait été si compromise : attaque avec violence, spécialement depuis septembre par l’URSS, l’action de Dag Hammarskjöld « coupable » aux yeux du Département d’Etat américain de ne pas favoriser, au nom de la neutralité de l’ONUC, MM. Kasavubu et Mobutu plutôt que Lumumba, venait d’être mise en cause à son tour par le bloc occidental. L’emprisonnement et la mort de Patrice Lumumba ne devaient pas contribuer à raviver la flamme de la discorde. Et cependant, si l’on y réfléchit bien, jamais l’Organisation des Nations Unies n’avait été en passe, comme alors, de s’élever comme troisième Force au-dessus des blocs concurrents. Les attaques dont elle était pour l’heure l’objet, aussi bien de l’Est que de l’Ouest, ne pouvaient avoir qu’une seule signification : que l’Organisation avait refusé de « faire le jeu » des uns comme des autres, qu’elle poursuivait, peut-être au jour le jour mais à coup sûr, sa politique la plus certaine, celle en vue de laquelle elle avait été établie, c’est-à-dire assurer la sécurité et la paix internationales.  A long terme, elle devait d’ailleurs le démontrer d’une façon éclatante : quand l’année 1961 verrait l’ONU accomplir son œuvre de reconstruction du Congo, par-delà les divergences idéologiques des deux grands blocs mondiaux. Le bloc oriental et le bloc occidental, prenant leur parti de cette ascension de l’ONU, ne mettraient plus d’obstacle à l’édification de la République du Congo sous l’égide de l’Organisation Internationale et de son secrétaire général. L’œuvre de Dag Hammarskjöld serait poursuivie avec succès par M. Thant, son successeur. La « neutralisation internationale » de l’affaire congolaise serait parachevée.

            Mais pour l’heure, de dramatiques événements allaient survenir au Congo, qui trouveraient des répercussions notables sur le plan international.

 

2.  De « La situation au Congo » à « La situation aux Nations Unies ».

 

            Joseph Kasavubu rentra en triomphateur à Léopoldville : « Neutralisé, moi ? Jugez par vous-mêmes, déclara-t-il, au cours d’une escale à Orly… On a mal compris le colonel (Mobutu). Qu’il me suffise de rappeler à mon tour que le collège des Commissaires généraux n’a été mis sur pied qu’avec mon autorisation. D’ailleurs, si j’avais été neutralisé, je n’aurais pas été à New York. A cet égard, laissez-moi exprimer non seulement ma satisfaction pour la décision prise par l’Assemblée générale de l’Onu de reconnaitre ma délégation, mais aussi pour l’accueil même que m’a fait le peuple américain. » De son côté, le « ministre des affaires étrangères du Katanga se déclarait extrêmement satisfait du vote intervenu à l’Onu : « Avec M. Kasavubu, dit-il, nous sommes certains de pourvoir éviter une invasion communiste au Congo, ce qui n’aurait pas manqué de se produire si M. Lumumba avait été reconnu par la majorité des membres des Nations Unies.»

            En somme, l’accord semblait parfait à ce moment-là entre le gouvernement contre-révolutionnaire du colonel Mobutu, le gouvernement du Katanga et le président Kasavubu. Ceci éclairé pour une large part les circonstances qui entourèrent la mort de Lumumba, ennemi juré des uns et des autres. « Neutralisé », Patrice Lumumba semblait bien être pour l’heure, ainsi que les représentants des pays qui lui avaient accordé leur soutien au moins moral depuis le début de l’affaire congolaise : après l’expulsion de l’ambassadeur russe et le départ du représentant à Léopoldville du Ghana M. Kasavubu, à peine rentré au Congo, réclamait du Président Nasser le rappel des membres de la mission diplomatique de la RAU, déclarés « personae non gratae dans le territoire de la République ».

            L’ancien Premier ministre se trouvait ainsi parfaitement isolé dans la ville où il était toujours « gardé ». L’unanimité faite contre lui, l’absence de tout soutien effectif à Léopoldville provoquée par le départ des diplomates des pays qui lui étaient favorable, incitent à penser qu’un complot pouvait avoir été ourdi contre lui en vue d’arriver à son élimination non plus seulement politique mais aussi physique.

            Les circonstances qui entourent sa mort témoignent en effet d’une coordination et d’une entente parfaite entre les divers pouvoirs établis au Congo : entre le colonel Mobutu, le président Kasavubu et le chef de l’Etat du Katanga. Dans le domaine international, l’annonce de l’arrestation de Lumumba, après son évasion, allait mettre M. Hammarskjöld dans une situation extrêmement difficile ; le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, réunis au milieu du mois de décembre, ne parviendraient pas à s’entendre non seulement pour définir sur des bases nouvelles le mandat du secrétaire général, mais encore, et cela est infiniment plus grave, pour assurer de leur soutien et de leur confiance général le 20 décembre concernerait l’aspect financier de l’opération des Nations Unies au Congo

 

 

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