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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 09:42

 

Publié par le 6 septembre 2013 | 106 views | dans A la une, Actualités, au coeur du debat | 0 Comment

 

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Après avoir momentanément marqué une parenthèse dans l’affaire de l’assassinat de Lumumba, en ouvrant ses colonnes à d’autres dossiers ficelés il y a plus de 20 ans par la «Commission des crimes et assassinats» de la CNS (Conférence Nationale Souveraine), Le Phare revient à la charge. Fidèle à sa ligne de conduite fondée sur la lecture  correcte et sans complaisance de l’histoire nationale, le quotidien de l’avenue Lukusa laisse parler les documents. Dans le témoignage sous examen émanant du chef d’Antenne de la CIA en 1960 à Léopoldville (Kinshasa), la thèse du complot international ourdi contre Patrice Emery Lumumba est évidente. La volonté de grandes puissances d’empêcher le jeune Etat congolais de se construire en vue de faire le bonheur de ses filles et fils ne fait l’ombre d’aucun doute. Le décor de 1960, avec des Congolais incapables de gérer leurs ambitions politiques et agissant sous la dictée de leurs parrains des blocs Ouest et Est, fait penser à celui du Congo du 3ème millénaire, prisonnier des mêmes maîtres.

 

L’histoire semble se répéter 50 ans après, avec des troupes onusiennes qui dépassent la barre de 20.000 hommes mais qui peinent à protéger les civils et à rétablir une paix durable dans les zones troublées de l’Est. Pendant que les malentendus se multiplient entre Congolais quant à la vision de l’avenir du pays, les mouvements rebelles et groupes armés soutenus par des pays voisins créent et recréent des «Républiquettes» qui plantent le décor de la balkanisation. Le passé ne semble pas instruire les Congolais, visiblement décidés à ne pas baliser la voie de la réconciliation nationale. Comment réaliser la «cohésion nationale» dans un contexte où les uns revendiquent la direction unilatérale des affaires publiques au nom de leur triomphal électoral et les autres continuent à leur contester la légitimité institutionnelle ? Est-il possible de s’entendre quand certains autres, fatigués de ne pas être écoutés, ont choisi le langage des armes ? Comme en 1960, le démon de la division a repris son travail de sape au sein de la maison «Congo», pour un nouveau feuilleton de marche à reculons sur tous les plans.

 

2. Un Secrétariat Général Tripartite ?

La politique de neutralisation internationale voulue et pratiquée jusqu’alors par M. Hammarskjöld n’avait jamais recueilli l’assentiment soviétique. Nikita Khrouchtchev ne pouvait admettre que l’Organisation internationale intervint dans les régions du monde où la paix était menacée, comme force de stabilisation et de maintien de l’ordre. A fortiori il ne pouvait accepter que la présence de l’ONU en un endroit menacé empêchât l’URSS sinon de s’implanter dans le zones d’où l’Ouest était évincé, du moins de pouvoir se présenter comme véritable instigateur et bénéficiaire du ferment révolutionnaire que l’Union soviétique était censée y avoir semé.

 

A ce point le déroulement de l’affaire congolaise semblait justifier les craintes de M. Khrouchtchev ; Lumumba, « favori » de l’URSS, était en passe d’être évincé, le secrétaire général avait refusé d’aider militairement M. Kasavubu et son premier ministre à réduire la sécession Katangaise, et les Etats-Unis avaient discrètement favorisé la montée au pouvoir d’un « troisième homme », le Colonel Mobutu, dont les prises de position violemment anti-communistes pouvaient à juste titre laisser penser au leader soviétique qu’il était entièrement acquis aux thèse occidentales.

 

On s’explique donc qu’en ouvrant la XVe session de l’Assemblée, le président péruvien M. Victor Belaunde déclara : « La quinzième session peut fort bien entrer dans l’histoire comme la plus grande réunion d’hommes d’Etat et de diplomates que le monde ait jamais connue. Elle peut être l’une des plus importantes par ses conséquences. »

 

Le débat proprement dit sur le Congo, dont l’URSS avait demandé l’inscription à l’ordre du jour, ne s’ouvrit que le 7 novembre. Mais l’affaire en elle-même fut sous-jacente, dès les premiers jours, à l’occasion de joutes oratoires auxquelles se livrèrent particulièrement M. Krouchtchev et M. Hammarskjöld. Après que le président des Etats-Unis, Dwight Eisenhower, eut renouvelé sa confiance en Dag Hammarskjöld, en exprimant l’avis que tous les Etats Membres devraient appuyer l’action entreprise par les Nations Unies au Congo, « sous la direction si habile du secrétaire général », M. Khrouchtchev se lança dans une violente diatribe contre le secrétaire général lui-même, et contre l’Organisation des Nations-Unies telle qu’elle était conçue et telle qu’elle agissait. Le 23 septembre, il attaque : « Le secrétaire général a adopté  une position qui consiste à condamner les colonialistes d’une manière purement formelle.

 

En fait, il suit une politique colonialiste, il s’élève contre le Gouvernement légitime du Congo et contre le peuple congolais, il soutient les dissident qui, en prétendant mener la lutte pour l’indépendance du pays, poursuivent en fait une politique favorable aux colonialistes dont, de toute évidence, ils reçoivent des gratifications pour leur traîtrise ». Le 3 octobre, M. Khrouchtchev poussera plus avant ses attaques contre le secrétaire général et ira jusqu’à demander sa démission : « M. Hammarskjöld a toujours manqué d’objectivité envers les pays socialistes, il a toujours défendu les intérêts des Etats-Unis et des autres pays du capital monopoleur ».

 

C’est ici qu’il prononça la phrase mémorable : « Les événements survenus au Congo, où il a joué un vilain rôle, ne sont que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Dans ces conditions en lui. S’il n’a pas le courage de démissionner, ce qui serait, dirais-je, un acte chevaleresque, nous en tirerons les conclusions qui s’imposent. Un homme qui a agi au mépris de la justice la plus élémentaire n’a pas sa place au poste élevé de secrétaire général ».

 

En réalité, c’était moins Dag Hammarskjöld en tant qu’homme qui était visé que le secrétariat général tel qu’il avait été établi et tel qu’il fonctionnait depuis l’entrée en vigueur de la Charte de San Francisco. Le Président du Conseil de l’Union soviétique l’exprima lui-même de façon fort pittoresque lors de la séance du 13 octobre, le jour même où il devait quitter le siège des nations Unies pour retourner à Moscou : « Je n’attaque pas M. Hammarskjöld personnellement. Je l’ai rencontré et nous nous sommes aimablement entretenus. J’estime que M. Hammarskjöld a une dette envers moi, parce qu’il m’a exploité lorsqu’il a été notre hôte sur la mer Noire : je l’ai promené dans un bateau à rames et il ne m’a pas rendu la pareille ».

 

Le problème de la responsabilité politique du secrétaire général était pour la première fois posé en des termes aussi clairs : on sait que la résolution de l’Assemblée générale du 20 septembre 1960 y avait répondu en renouvelant la confiance de l’Assemblée délibérante des Nations Unies. Quant au problème d’une responsabilité en termes juridiques elle ne pouvait se poser compte tenu de la structuration de l’Organisation internationale. La formule, légèrement ambiguë de M. Khrouchtchev, demandant à Dag Hammarskjöld de se démettre «  de façon chevaleresque, en quelque sorte », était d’ailleurs significative en ce sens.

 

D’ailleurs ce n’était pas tant le problème de la responsabilité du secrétaire général devant l’Organisation qui était en cause :  c’était toute la structure de l’Organisation qui était remise en état, par les propositions qu’avait faites, entre temps, M. Khrouchtchev, touchant la réorganisation du secrétariat-général : ne proposait-il pas de substituer au secrétariat tel qu’il existait, et tel qu’il existe toujours sous l’impulsion de M.U’Thant, un secrétariat tripartite « représenté par trois personnes investies de toute la confiance de l’Organisation»  ? Ces personnes représenteraient « les Etats membres des blocs militaires des puissances occidentales, les Etats socialistes et les Etats neutralistes ».

 

L’accession du Tiers-monde sur la scène internationale motivait le bouleversement que proposait le Président du Conseil soviétique. C’est cet organe collectif qui, décidant à l’unanimité, exécuterait les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale. En somme, et M. Khrouchtchev ne s’en cacha pas, cette réforme de structure visait à introduire le veto au niveau de l’exécutif. Comme a pu l’écrire dans une excellence formule synthétique le Pr René-Jean Dupuy : « Ainsi l’évolution de I’ONU serait-elle très nette : paralysie au niveau de la conception dans le système de 1945, déblocage par l’échappée sur I’Assemblée, dans une perspective engagée en 1950, neutralisée à partir de 1956; reblocage, revanche et généralisation du veto au plan de I’exécution avec la troïka.

 

La réforme proposée était de taille, car elle risquait fort, si elle avait été appliquée, d’annihiler les efforts de l’Organisation internationale, acheminée depuis 1956 dans la difficile voie de maintien et de r:établissement de la paix. Car, comme le dit le 3 octobre, M. Khrouchtchev : « Certains disent que si l’organe exécutif de I’ONU est composé de trois personnes, il sera paralysé. Mais la tâche de ceux qui feront partie de cet organe sera justement de trouver des décisions sages, de nature à garantir la paix, ce qui signifie qu’ils devront tenir compte des intérêts des trois groupes d’État. r Ces « décisions sages, n’auraient été rien de moins que le prix de très difficiles compromis qui se seraient traduits en « décisions » extrêmement prudentes, n’ayant d’autre valeur que symbolique, puisque par définition elles auraient été prises dans le but de ne mécontenter ni le Bloc de I’Est, ni les puissances de I’Ouest, ni les puissances neutralistes. C’était remettre en cause toute I’Organisation elle-même.

 

M. Hammarskjoeld le sentit bien qui répondit avec sa froideur et sa précision coutumières : ce n’est pas I’homme qui compte, dit-il le 26 septembre, c’est I’Institution. « Quels que soient les mots que I’on emploie : indépendance, impartialité, objectivité, tous se rapportent à des aspects essentiels de ce que doit être, en toutes circonstances, I ‘attitude du secrétaire général. Une telle attitude, qui a été définie clairement et de façon décisive dans l’article 100 de la Charte, peut à tout moment devenir un obstacle pour ceux qui nourrissent certains desseins politiques qui seraient favorisés ou plus facilement réalisés si le secrétaire général consentait à se départir de cette attitude.

 

Mais s’il agissait de la sorte, il trahirait alors gravement la confiance de tous ceux pour lesquels le ferme maintien de l’attitude en question est la meilleure protection dans la lutte mondiale pour le pouvoir et l’influence. L’exigence de l’impartialité, de l’indépendance et de l’objectivité, ajoutait M. Hammarskjöld, ne pouvait s’effacer devant les compromis et les concessions. C’est un choix que devait faire tous les jours le secrétaire général. C’était aussi le choix que devait faire pour I’heure l’Assemblée générale, dans le fond et la forme.

 

Répondant le 3 octobre au projet d’instauration d’un triumvirat, préconisé par Nikita Khrouchtchev, Monsieur H. déclara sans ambages que cette disposition ne pouvait que rendre impossible le maintien d’un exécutif efficace, qui seul était le garant que I’Organisation des Nations Unies était à même de « servir d’instrument efficace pour protéger activement les intérêts des nombreux Etats Membres qui ont besoin de cette protection ».

 

Car ce n’était pas I’Union soviétique, non plus que toute autre grande puissance, qui avait besoin de la protection des Nations Unies, mais toutes les autres puissances, C’est alors qu’il affirma sa détermination de rester en fonction, durant la durée de son mandat. Il n’hésita pas à déclarer qu’il s’agissait là d’une attitude qui témoignait d’un courage plus grand que celle qui aurait consisté à démissionner : « II est très facile de se démettre. Il n’est pas si facile de rester. Il est très facile de céder à la volonté d’une grande puissance. Résister est une autre affaire ».

 

Ces paroles convainquirent I’Assemblée; la détermination farouche d’un seul homme face à une grande puissance qui voulait I’atteindre non seulement dans ses positions mais dans ses qualités d’homme, provoquèrent une ovation enthousiaste. Le Bloc soviétique n’avait pas réussi dans son entreprise de sape du secrétariat général. L’Institution, au contraire, sortait grandie du duel qui venait d’opposer Dag Hammarskjöld au Seigneur de toutes les Russies.

Le 20 septembre, I’Assemblée générale, réunie en session extraordinaire, avait manifesté sa confiance en M. Hammarskjoeld ; dans les jours qui suivirent, qui virent la présence de M. Khrouchtchev lui-même, lors de la session ordinaire, l’échec de la politique soviétique apparaissait encore plus cuisant : le leader soviétique, confiant en son prestige, pouvait espérer rallier à sa cause une majorité suffisante d’États du Tiers monde.

 

Au contraire, ceux-ci renouvelaient sans ambiguïté leur confiance en Dag Hammarskjöld. M. K. ne pouvait que repartir à Moscou, profondément dépité par les échecs qu’avaient subis sa politique, aussi bien à I’ONU que sur le territoire du Congo où son ambassadeur venait d’être expulsé par le colonel Mobutu, comme devait d’ailleurs être expulsé fin novembre I’ambassadeur du Ghana, coupable aux yeux des autorités de Léopoldville d’avoir assuré la relève de l’ambassadeur soviétique.

 

L’ONU traversait une crise qui, finalement, devait lui être bénéfique. Les remous n’étaient cependant pas encore achevés.

Après le duel Hammarskjöld-Khrouchtchev, l’enceinte du palais de verre de Manhattan allait être le témoin du duel Kasavubu-Lumumba qui devait finalement se résoudre en faveur du premier, dont la délégation fut accréditée auprès de l’Organisation. L’emprisonnement et la mort de Patrice Lumumba qui devait finalement se résoudre en faveur du premier, dont la délégation fut accréditée auprès de l’Organisation. L’emprisonnement et la mort de Patrice Lumumba devaient encore  donner l’occasion à l’URSS de lancer à nouveau des attaques extrêmement violentes contre l’ONU et son secrétaire général. Mais l ’ONU était le chemin de la « troisième Force ».

 

Tout au long de la seconde moitié de l’année 1960, elle s’était efforcée de tenir le Congo hors du champ des compétitions internationales. La mort brutale de Lumumba, leader favori du Bloc de l’Est, l’arrivée au pouvoir de M. Kennedy, homme compréhensif et partisan de la coexistence pacifique, devaient finalement faire sortir peu à peu du champ de la guerre froide l’affaire congolaise. L’Organisation mondiale aurait mené à terme sa mission. Elle avait réussi non seulement à s’imposer entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, mais même à s’élever au-dessus d’eux. Mais les dernières péripéties du drame congolais, avant la reprise en mains de la situation par l’ONU, par la manifestation d’un rôle véritablement actif, doivent être notées.

 

 

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